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Fishbach et Adrien Soleiman : deux pépites musicales

Coucou les cocos

Aujourd'hui, je m'essaye une nouvelle fois aux chroniques musicales car c'est un petit exercice que j'aime bien faire, qui me fait réfléchir à la musique, et qui j'espère me permet de vous faire découvrir les petites pépites que j'écoute en ce moment, dans mon quotidien de homeworker. En ce moment, les deux disques que j'écoute en boucle sont ceux de Fishbach et d'Adrien Soleiman, avec en commun le texte en français.

Fishbach - A ta merci - janvier 2017

voyage intersidéral entre la vie et la mort

Je dois le dire, du haut de mes 35 balais, je suis complètement épatée par cette jeune génération de musiciens qui débarquent en ce moment, avec leurs 25 ans à peine, et une maturité musicale incroyable. Ces Fishbach, Feu! Chatterton, Jacques, Superpoze, et j'en passe, ces petits jeunots dont j'envie l'assurance de leur propos, l'assise de leur univers. Comme s'ils ne se cherchaient déjà plus.

J'ai découvert cette jeune Ardennaise en 2015 lorsque justement le groupe Feu! Chatterton annonçait qu'elle ferait certaines de leurs premières parties. J'étais allée faire la curieuse et avait accroché tout de suite avec sa voix particulière, une sorte de Catherine Ringer qui aurait mangé un esprit frappeur. Puis au lendemain des attentats du 15 novembre, je suis tombée sur la chanson "Mortel" enregistrée en octobre 2015, au texte prémonitoire ("jamais rien vu d'aussi mortel que ces tirs au hasard")...

J'ai beaucoup écouté son EP sorti début novembre, et attendais avec impatience l'album, sachant déjà qu'il serait sombre et barré. Si l'EP était une esquisse, qui laissait entrevoir l'univers de Fishbach, l'album est une toile de maître, avec une atmosphère affirmée, le cul ancré dans la terre. Quant à Fishbach, elle ne scille pas. Il faut le dire, chaque chanson ou presque traite de la mort, mais d'une manière singulière sans pathos, sans tristesse, sans angoisse, sans apitoiement, le tout teinté de surréalisme. Comme si nos peurs profondes, celles dont on ne parle pas, celles qui datent de la découverte de la mort lorsqu'on est enfant, se glissaient dans chaque chanson, avec légèreté j'oserai dire. Lorsque j'écoute les chansons de Fishbach, et sa voix presque fantomatique, je me retrouve enfant avec mes cauchemars, mes pensées sur l'infini et l'univers, je ressens l'atmosphère particulière de ces moments-là. Mais je n'ai plus pleur. Musicalement, les choix des accords, des harmonies, des sons, en dehors du fait qu'ils sonnent très 80 (et c'est peut-être pour ça aussi que ce disque me projette loin derrière, c'est que les années 80 sont celles de mon enfance), sonnent parfois comme la mort. Comme des marches funèbres modernes, des danses folles et macabres, des sortes de salsas du démon, mais en mieux...

Mais attention, là où Fishbach fait très fort, c'est que même si la faucheuse rode tout au long de l'album, il n'en reste pas moins réellement lumineux, plein de vie, d'urgence de vivre même. Le débit des paroles rapides, la rythmique un peu stressée parfois, la couleur des guitares et des synthés comme des éclairs jaunes, rouges, comme des flashs de vie, viennent illuminer les moments lourds, lents, graves et profonds.

Quand j'écoute cet album très cinématographique, je voyage dans le temps et dans l'espace (et même littéralement dans l'espace !), sans limites.

  Adrien Soleiman - Brille - septembre 2016

Pop électro sensible

J'ai découvert Adrien Soleiman, ancien saxophoniste jazz, par le clip "La Nuit Tombée", postée sur Facebook par son ami Arman Méliès (pour qui il a enregistré le saxophone sur son dernier album Vertigone). La claque ! Ce morceau électro-pop est magnifique. Déjà, il y a cette voix, chaude, douce et haut perché (j'ai un gros faible pour les voix chantées masculines hautes...j'adore la voix de Metronomy par exemple), le texte poétique et sans esbroufe, et la musique mélancolique et lumineuse à la fois. Et puis l'album est sorti. En fait, c'est difficile de parler en détail de la musique d'Adrien Soleiman. Bien sûr, il y a l'importance des synthés, qui sont doux, brillants. Et puis ces accents Jazz qui apparaissent comme ça, sur un accord. C'est beau. Certains morceaux sont assez dansants, tout en étant profonds.

En réalité, la musique d'Adrien Soleiman, ça se passe dans le cœur. Ce ne sont pas vraiment des images, des décors qui me viennent en tête lorsque j'écoute l'album, non, j'ai certes quelques souvenirs personnels qui remontent à l'écoute d'un vers ou d'un autre, mais j'ai eu aussi des ressentis physiques, peut-être est-ce grâce à la rythmique organique qui bat comme un coeur et qui ouvre l'espace sonore. Par exemple, les refrains des morceaux "frappe-moi d'amour" et "brille" me l'ont littéralement soulevé, le cœur. C'est un album très sensible, un des plus beaux que j'ai pu écouter ces derniers temps. Du coup ma chronique est décousue. Voilà, c'est malin.

Et vous, quels sont vos albums favoris du moment ?   Enregistrer Enregistrer Enregistrer Enregistrer Enregistrer

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Chroniques musicales

Aujourd'hui, je lâche mon fil et mes aiguilles pour vous parler de musique, qui on peut le dire, est ma passion (ça et le caramel au beurre salé). Même si je la pratique dans un groupe dont je vous parlerai peut-être un jour lorsqu'on aura quelque chose à faire écouter, aujourd'hui, je vais vous parler de la musique des autres, celle qui m'accompagne ces derniers mois. Comme je travaille à la maison, j'ai l'immense chance de pouvoir allumer la radio, ou mettre un cd, dès le début de la journée, et ce pour toute sa durée. N'ayant pas de collègue avec qui parler, avec qui prendre une pause, avec qui rire, écouter de la musique est devenu primordial si je ne veux pas tomber dingo. J'aime la solitude, mais quand je commence à parler toute seule, je sais que la limite est dépassée 🙂

Voici donc les albums qui m'ont fortement marquée ces derniers mois.

Pain-Noir - Pain-Noir

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François-Régis Croisier de son p'tit nom, officiait auparavant en anglais dans une formation plutôt folk qui se nommait très joliment "St Augustine". Le projet ayant pris fin, cet instituteur clermontois a repris sa plume, en français cette fois, et a préparé en silence un album somptueux sorti à l'automne dernier. Je l'ai découvert en live, dans un festival à Cabourg, où il avait du se retrancher sur la petite scène du casino en plein après-midi, devant un public plutôt hétérogène (entre l'ado branché et la mamie friquée qui buvait son thé en levant le petit doigt), car la pluie et le vent s'étaient abattus sur les scènes extérieures. Seul avec sa guitare et quelques effets, sa voix unique, ses commentaires cyniques, il m'avait scotchée. Pain-Noir, c'est de la chanson française épurée, qui touche directement. Même si ses textes très affutés me font l'effet d'une commode aux formes simples mais d'une très belle facture, dont les tiroirs dissimulent des trésors encore plus riches. C'est-à-dire que le texte semble délivrer deux sens, un direct, dont la forme est belle, et qui semble raconter une histoire évoquant de nombreuses images de nature, de grands espaces, parfois en danger, et puis derrière se cache un autre sens, plus profond, plus personnel que chacun pourra s'approprier. On peut dire sans exagérer, qu'il s'agit bien là de poésie.

Je vous conseille donc cet album sans prétention et pourtant si beau. Ne dit-on pas que la vraie beauté est celle qui s'ignore ?

Feu! Chatterton - Ici le jour (a tout enseveli)

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J'ai découvert les Feu! Chatterton lorsque leur succès était encore confidentiel, en 2014.  D'abord, un morceau, La Malinche, petit bijou exotique dansant au texte, en français, digne des grands. Et puis ce chanteur, Arthur, 25 ans à peine, véritable poète aux allures de mauvais garçon des années 1930, et dont la voix s'accorde parfaitement avec le personnage : elle semble tout droit sortie d'un vinyle de ces années-là, son timbre particulier, ce son de voix subtilement saturé, qui grésille me fait l'effet d'être jouée sur un gramophone. Mais la force de Feu! Chatterton ne réside pas que dans le charisme et le talent d'écriture de leur chanteur/conteur, c'est justement l'alliance harmonieuse de ce dernier avec les quatre autres musiciens qui frappe. Car ce que réussit le groupe, et ce n'est pas chose facile, c'est le dosage parfait de la musique et du chant, l'un et l'autre venant à tour de rôle se mettre en valeur et se laisser la place sans jamais se marcher dessus, formant un tout équilibré, et vraiment musical. Leur force, c'est aussi la façon dont ils utilisent la guitare de manière très inspirée, et renouvelée (car je dois le dire en toute honnêteté, la guitare commence à me sortir un peu par les trous de nez). Tantôt un tapis, tantôt un accès de rage, tantôt un jeu de questions réponses, les guitares de Feu!Chatterton sont inventives.

Enfin, même si leur album studio est une vraie réussite, un mélange proportionné de refrains pop, de slam, de rock, de chanson, Feu! Chatterton est aussi un excellent groupe de live. Je les ai vus une première fois à Rennes dans un Ubu bondé, attentif, chaleureux, et un peu convulsif, en novembre 2014. Leur set en était à ses balbutiements, ils n'avaient pas assez de morceaux et devaient jouer plusieurs fois les mêmes pour contenter un public en demande, et pourtant, cette prestation fait partie de mes meilleurs souvenirs de concerts. Les tripes et l'énergie nous étaient livrés directement sur la scène, sans détours, c'était direct et puissant. Des litres de sueur ont coulé pour nous. En mars 2016 au Cargö de Caen, j'ai pu constater que forts de leur succès amplement mérité, ils n'ont rien perdu de leur vérité, de leur générosité et de leur incroyable énergie. Quand je vois Feu! Chatterton sur scène, je retiens toujours cette image forte de quatre flammes dansant autour d'un chamane chantant des formules magiques. Pourvu qu'elles ne s'éteignent pas !

Katel - Elégie

Katel-Élégie

Parler de cet album n'est pas chose aisée. D'abord parce son auteur en a déjà si bien parlé elle-même dans une note d'intention. Ensuite, parce que l'écoute de ce disque est une expérience singulière, très personnelle, difficile à décrire. Ce que j'aime chez Katel, c'est qu'elle se renouvelle sans cesse et vu la surprise que j'ai eu en découvrant son deuxième album Décorum,  je savais que son prochain opus me surprendrait encore et je l'attendais avec impatience. Elégie est un disque que l'on ne peut pas écouter en faisant autre chose, il faut s'assoir, le faire jouer sur un bon système d'écoute, et se laisser prendre. Même si c'est un peu douloureux, puisque dans l'intégralité des chansons, Katel parle de la perte : celle d'un amour, et celle de sa mère. Certaines phrases opèrent comme des petits coups de poignard au coeur... ("Ne presse pas le pas au ciel, tu n'y crois pas, et moi je t'aime". Bam !). Mais transparait aussi un vif désir de vivre, ce qui rend le disque, malgré son thème, vraiment lumineux.

Concernant les arrangements musicaux, il y a un véritable parti pris qui vogue vers la musique contemporaine, que Katel dit avoir beaucoup écouté. Point ou peu de guitare, des instruments rares dans la production musicale moderne comme le clavecin, claviers en tout genre, des bruits (suis-je la seule à entendre un chat miauler sur la fin de "A l'Aphélie" ?), et surtout ces chœurs de voix féminines qui font s'envoler le disque très très haut. La particularité d'Elégie, c'est qu'il est un tout, comme si chaque morceau était une pièce d'un puzzle qui formerait à la fin une seule et même image. Impossible pour moi de n'écouter qu'un morceau, d'avoir une chanson préférée, je l'écoute toujours d'un bloc.

Elégie est un disque intime mais pudique, grave mais solaire, d'une rare beauté et d'une forte intensité. Me reste à le découvrir sur scène la semaine prochaine, et je pressens déjà que je vais me prendre une deuxième claque. Mais j'aime bien ça.

Cyclone - Katel. Clip réalisé par la chanteuse Robi

Voilà pour mes coups de coeur "en français", la prochaine fois je parlerai de ceux qui chantent en anglais ! Genre Las Aves et leur trop cool Die In Shanghai. Et vous, quels sont vos albums favoris du moment ?