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Chroniques musicales

Aujourd'hui, je lâche mon fil et mes aiguilles pour vous parler de musique, qui on peut le dire, est ma passion (ça et le caramel au beurre salé). Même si je la pratique dans un groupe dont je vous parlerai peut-être un jour lorsqu'on aura quelque chose à faire écouter, aujourd'hui, je vais vous parler de la musique des autres, celle qui m'accompagne ces derniers mois. Comme je travaille à la maison, j'ai l'immense chance de pouvoir allumer la radio, ou mettre un cd, dès le début de la journée, et ce pour toute sa durée. N'ayant pas de collègue avec qui parler, avec qui prendre une pause, avec qui rire, écouter de la musique est devenu primordial si je ne veux pas tomber dingo. J'aime la solitude, mais quand je commence à parler toute seule, je sais que la limite est dépassée 🙂

Voici donc les albums qui m'ont fortement marquée ces derniers mois.

Pain-Noir - Pain-Noir

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François-Régis Croisier de son p'tit nom, officiait auparavant en anglais dans une formation plutôt folk qui se nommait très joliment "St Augustine". Le projet ayant pris fin, cet instituteur clermontois a repris sa plume, en français cette fois, et a préparé en silence un album somptueux sorti à l'automne dernier. Je l'ai découvert en live, dans un festival à Cabourg, où il avait du se retrancher sur la petite scène du casino en plein après-midi, devant un public plutôt hétérogène (entre l'ado branché et la mamie friquée qui buvait son thé en levant le petit doigt), car la pluie et le vent s'étaient abattus sur les scènes extérieures. Seul avec sa guitare et quelques effets, sa voix unique, ses commentaires cyniques, il m'avait scotchée. Pain-Noir, c'est de la chanson française épurée, qui touche directement. Même si ses textes très affutés me font l'effet d'une commode aux formes simples mais d'une très belle facture, dont les tiroirs dissimulent des trésors encore plus riches. C'est-à-dire que le texte semble délivrer deux sens, un direct, dont la forme est belle, et qui semble raconter une histoire évoquant de nombreuses images de nature, de grands espaces, parfois en danger, et puis derrière se cache un autre sens, plus profond, plus personnel que chacun pourra s'approprier. On peut dire sans exagérer, qu'il s'agit bien là de poésie.

Je vous conseille donc cet album sans prétention et pourtant si beau. Ne dit-on pas que la vraie beauté est celle qui s'ignore ?

Feu! Chatterton - Ici le jour (a tout enseveli)

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J'ai découvert les Feu! Chatterton lorsque leur succès était encore confidentiel, en 2014.  D'abord, un morceau, La Malinche, petit bijou exotique dansant au texte, en français, digne des grands. Et puis ce chanteur, Arthur, 25 ans à peine, véritable poète aux allures de mauvais garçon des années 1930, et dont la voix s'accorde parfaitement avec le personnage : elle semble tout droit sortie d'un vinyle de ces années-là, son timbre particulier, ce son de voix subtilement saturé, qui grésille me fait l'effet d'être jouée sur un gramophone. Mais la force de Feu! Chatterton ne réside pas que dans le charisme et le talent d'écriture de leur chanteur/conteur, c'est justement l'alliance harmonieuse de ce dernier avec les quatre autres musiciens qui frappe. Car ce que réussit le groupe, et ce n'est pas chose facile, c'est le dosage parfait de la musique et du chant, l'un et l'autre venant à tour de rôle se mettre en valeur et se laisser la place sans jamais se marcher dessus, formant un tout équilibré, et vraiment musical. Leur force, c'est aussi la façon dont ils utilisent la guitare de manière très inspirée, et renouvelée (car je dois le dire en toute honnêteté, la guitare commence à me sortir un peu par les trous de nez). Tantôt un tapis, tantôt un accès de rage, tantôt un jeu de questions réponses, les guitares de Feu!Chatterton sont inventives.

Enfin, même si leur album studio est une vraie réussite, un mélange proportionné de refrains pop, de slam, de rock, de chanson, Feu! Chatterton est aussi un excellent groupe de live. Je les ai vus une première fois à Rennes dans un Ubu bondé, attentif, chaleureux, et un peu convulsif, en novembre 2014. Leur set en était à ses balbutiements, ils n'avaient pas assez de morceaux et devaient jouer plusieurs fois les mêmes pour contenter un public en demande, et pourtant, cette prestation fait partie de mes meilleurs souvenirs de concerts. Les tripes et l'énergie nous étaient livrés directement sur la scène, sans détours, c'était direct et puissant. Des litres de sueur ont coulé pour nous. En mars 2016 au Cargö de Caen, j'ai pu constater que forts de leur succès amplement mérité, ils n'ont rien perdu de leur vérité, de leur générosité et de leur incroyable énergie. Quand je vois Feu! Chatterton sur scène, je retiens toujours cette image forte de quatre flammes dansant autour d'un chamane chantant des formules magiques. Pourvu qu'elles ne s'éteignent pas !

Katel - Elégie

Katel-Élégie

Parler de cet album n'est pas chose aisée. D'abord parce son auteur en a déjà si bien parlé elle-même dans une note d'intention. Ensuite, parce que l'écoute de ce disque est une expérience singulière, très personnelle, difficile à décrire. Ce que j'aime chez Katel, c'est qu'elle se renouvelle sans cesse et vu la surprise que j'ai eu en découvrant son deuxième album Décorum,  je savais que son prochain opus me surprendrait encore et je l'attendais avec impatience. Elégie est un disque que l'on ne peut pas écouter en faisant autre chose, il faut s'assoir, le faire jouer sur un bon système d'écoute, et se laisser prendre. Même si c'est un peu douloureux, puisque dans l'intégralité des chansons, Katel parle de la perte : celle d'un amour, et celle de sa mère. Certaines phrases opèrent comme des petits coups de poignard au coeur... ("Ne presse pas le pas au ciel, tu n'y crois pas, et moi je t'aime". Bam !). Mais transparait aussi un vif désir de vivre, ce qui rend le disque, malgré son thème, vraiment lumineux.

Concernant les arrangements musicaux, il y a un véritable parti pris qui vogue vers la musique contemporaine, que Katel dit avoir beaucoup écouté. Point ou peu de guitare, des instruments rares dans la production musicale moderne comme le clavecin, claviers en tout genre, des bruits (suis-je la seule à entendre un chat miauler sur la fin de "A l'Aphélie" ?), et surtout ces chœurs de voix féminines qui font s'envoler le disque très très haut. La particularité d'Elégie, c'est qu'il est un tout, comme si chaque morceau était une pièce d'un puzzle qui formerait à la fin une seule et même image. Impossible pour moi de n'écouter qu'un morceau, d'avoir une chanson préférée, je l'écoute toujours d'un bloc.

Elégie est un disque intime mais pudique, grave mais solaire, d'une rare beauté et d'une forte intensité. Me reste à le découvrir sur scène la semaine prochaine, et je pressens déjà que je vais me prendre une deuxième claque. Mais j'aime bien ça.

Cyclone - Katel. Clip réalisé par la chanteuse Robi

Voilà pour mes coups de coeur "en français", la prochaine fois je parlerai de ceux qui chantent en anglais ! Genre Las Aves et leur trop cool Die In Shanghai. Et vous, quels sont vos albums favoris du moment ?
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